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la maison Selmer soigne bien ses instrumentS…


michel aumont-sébastien fontaine
La clarinette blessée, Sébastien Fontaine, le technicien-soigneur et Michel Aumont, le musicien, dans l’atelier de Selmer. Chaque année, 3 000 artistes viennent y acheter un instrument, le réparer ou jouer dans la salle de concert. Claude Stefan.

H Selmer logo


Il est 10 h lorsque le musicien breton Michel Aumont, son étui à clarinette sous le bras, pousse la porte de chez Selmer, quartier République, à Paris. Cette maison familiale (1) fabrique des instruments à vent depuis 1885. Et les soigne aussi. Un service après vente et une marque prestigieuse qu’encensent nombre d’artistes : le clarinettiste new-yorkais David Krakauer, le maestro camerounais du saxo Manu Dibango, Sonny Rollins, Archie Shepp, Maceo Parker… La consultation a lieu à l’étage. Le rez-de-chaussée de Selmer vaut pourtant le coup d’oeil. Là, telles des oeuvres d’art, clarinettes, saxophones, trompettes… brillent de mille feux. Là-haut, l’atelier « clinique » tient dans une vaste pièce percée d’un puits de lumière.
Michel Aumont et sa « malade » sont accueillis par Sébastien Fontaine, technicien attitré du Breton. Entre l’artiste et Selmer, l’histoire a démarré il y a ving-cinq ans, lors de son premier projet, “Le Quintet Clarinette”.

Déshabiller la clarinette.

Le musicien déhousse sa clarinette basse. « Il y a des problèmes de bouchage, peut-être des tampons à remplacer, explique-t-il (pour les non-mélomanes, les coussinets de liège et de cuir situés sous les touches ne jouent plus leur rôle et laissent passer de l’air). Le son sort moins bien, l’instrument est plus difficile à jouer… ». Installé derrière un établi semblable à celui d’un joaillier, Sébastien ausculte l’instrument sous une lampe : « Il y a aussi du jeu dans le système de clétage (l’ensemble des clés d’un instrument à vent). Il faut que je réajuste tout ça. Tu veux la récupérer quand ? ». Petite grimace d’excuse. Michel Aumont assure la partie musicale du spectacle Emma la clown et son orchestre, avec le pianiste Mauro Coceano et le batteur Gaël Desbois. Il joue ce soir, il faudrait qu’il puisse récupérer son instrument à 15 h.
Dans le fond de l’atelier, Florent, un autre technicien, s’occupe d’un saxophone. En fond sonore, des notes de musiques étouffées. Elles s’échappent des studios où les clients essaient leur instrument.

Extension de l’artiste

Aux murs, des tiroirs s’alignent. Ils contiennent des centaines de ligatures (pour resserrer les becs), de tampons, de vis, de clés… « Il faut 450 pièces pour fabriquer une clarinette », indique le technicien. Sur un autre pan, des pièces usées par une main ou une bouche célèbre sont épinglées sur un panneau, tels des trophées : ligature de Michel Portal, clé de Krakauer…
Sébastien entame le déshabillage de la clarinette à l’aide d’un minuscule outil. Avec précision, il ôte le système de clétage. Rien ne lui échappe, un par un les tampons passent à l’examen. Il raconte comment il a acquis son savoir-faire auprès de Michel Boussu, cinquante ans d’expérience dans la maison ! « Il faut bien une dizaine d’années avant de se sentir serein avec l’instrument. Et c’est important. Nous sommes aussi là pour rassurer les musiciens. L’instrument est en quelque sorte l’extension de l’artiste. »
Après la pause de midi, Sébastien passe à l’étape nettoyage des cheminées encrassées par la salive, la poussière… À 15 h 20, la clarinette, toute pimpante, a retrouvé son habit complexe et argenté. Guérison totale, a pu diagnostiquer l’artiste, le soir même, sur la scène du théâtre du Rond-Point.

Véronique CONSTANCE • Ouest-France